Accord de fin des hostilités trouvé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Accord de fin des hostilités trouvé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Après 45 jours de combats intenses entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh et les régions voisines, un accord de fin des hostilités a été trouvé entre les deux pays, le 9 novembre 2020. La Russie s’est positionnée en médiateur de ce nouveau conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan où la tension n’a jamais été aussi forte depuis l’effondrement de l’URSS. Ce fut en effet le plus long conflit entre les deux pays depuis la fin de la première guerre entre 1988 et 1994. Derrière la signature de cet accord de fin des hostilités, c’est la population des deux pays voisins qui doit une nouvelle fois encaisser le regain de violence d’un conflit complexe et intergénérationnel. Malgré la fin des combats, le bilan humain est en effet important. Suite aux gains territoriaux concédés à l’Azerbaïdjan par l’accord, des civils de la région du Haut-Karabagh et ses alentours fuient actuellement vers l’Arménie. Les pertes humaines lors de ces nouveaux affrontements ont fait au moins 1 300 morts au total. Si cet accord promet une paix fragile entre les deux pays, la Russie remporte néanmoins une victoire stratégique. En s’affirmant comme le médiateur privilégié des différends entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, Moscou consolide son influence dans le Caucase.

 

 

Arménie et Azerbaïdjan : une histoire conflictuelle

Historiquement, la région du Haut-Karabagh a toujours été source de profondes discordes entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : ce fut autour de cette querelle territoriale que les relations diplomatiques entre les deux pays se sont cristallisées. Rattachée à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan en 1921,  l’enclave du Haut-Karabagh était déjà disputée en 1917 par les deux pays et les revendications indépendantistes de la région étaient déjà existantes. La proportion d’arméniens habitant dans la région est encore aujourd’hui assez importante, ce qui explique le soutien de l’Arménie à la République autoproclamée du Haut-Karabagh. Ce désaccord territorial entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan fait partie des nombreux conflits post-effondrement de l’URSS comme celui qui opposa la Géorgie aux républiques séparatistes de l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, ou encore entre la Moldavie et la Transnistrie par exemple. Des situations toutes aussi complexes les unes que les autres où la nécessité de contextualiser un certain nombre de facteurs historiques est primordiale pour comprendre les racines des tensions de ces conflits. 

Au moment de la dislocation de l’URSS en 1991, les républiques membres de l’Union soviétique proclamaient une à une leur indépendance. Mais évidemment, la délimitation frontalière a souvent été un sujet de discorde qui mena parfois à une escalade de violence entre deux nouveaux Etats post-soviétiques frontaliers. Ce fut le cas entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à partir de 1991. Mais le conflit dans la région du Haut-Karabagh qui avait commencé trois années auparavant a exacerbé les tensions entre les deux pays. En 1988, Erevan revendiquait le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie. Pendant les six années de guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui ont suivi, les affrontements ont été d’une grande violence, avec un bilan humain désastreux : environ 26 000 morts et près d’1 million de réfugiés déplacés à cause des combats et des nettoyages ethniques. Lorsque le conflit s’interrompit en 1994, la République du Haut-Karabagh fut autoproclamée. Bien qu’elle ne soit toujours pas reconnue par la communauté internationale, la République du Haut-Karabagh est soutenue par l’Arménie. 

Aujourd’hui, cette région est à la fois le triste symbole des tensions territoriales et ethniques entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Des tensions qui remontent au début du XXe siècle. Malgré le cessez-le-feu imposé en 1994, des escarmouches ont eu lieu aux  frontières séparant les deux pays entre 2008 et 2016. Des affrontements épisodiques, qui ne font qu’alimenter la discorde, avant de mener finalement à un affrontement militaire assumé à partir du 27 septembre 2020. 

 

Une paix impossible au Haut-Karabagh ?

La Russie est parvenue à rassembler autour de la table des négociations les deux belligérants du conflit. L’accord de fin des hostilités obtenu par le Kremlin a consacré la victoire militaire écrasante de l’Azerbaïdjan. De son côté, l’Arménie s’inclina mais la population n’entend pas en rester à cet accord. Les arméniens qui habitaient jusqu’alors dans les régions azéries, contrôlées par Erevan, fuient désormais leurs villes et villages en brûlant leurs habitations. Un fait marquant qui rappelle l’exil des azerbaïdjannais il y a 30 ans après la prise de contrôle par l’Arménie de ces mêmes régions lors de la première guerre. C’est donc une paix très fragile qui a été trouvée le 9 novembre et il est encore trop tôt pour espérer une amélioration des relations entre Erevan et Bakou. République autoproclamée, le Haut-Karabagh appartient officiellement au territoire Azerbaïdjanais mais est activement soutenu par l’Arménie. Une situation très délicate, où aucun des deux camps n’a jamais fait de concessions sur cette question centrale qui conditionne finalement un dialogue de sourds. 

Dès le milieu des années 1990, à la fin de la première guerre (1988-1994), l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a mis en œuvre – dès 1992 avec la création du Groupe de Minsk – un espace de médiation sous la gouvernance de la France, des Etats-Unis et de la Russie pour permettre aux gouvernements d’Arménie et d’Azerbaïdjan de parvenir à une solution acceptable du différend. De nombreuses propositions ont été faites, basées sur des concessions à réaliser par toutes les parties. L’une d’entre elles stipulait que, si les forces arméniennes se retiraient de la région du Haut-Karabagh, l’Azerbaïdjan partagerait certains de ses avoirs économiques, y compris les profits générés par un oléoduc qui partirait de Bakou vers la Turquie, en passant par l’Arménie. Des pressions ont également été exercées sur l’Arménie, comme l’exclusion de projets économiques majeurs dans la région, tel que l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Certaines propositions mises sur la table évoquaient une plus large forme d’autonomie à l’enclave du Haut-Karabagh mais la plupart de ces propositions ont été rejetées. Quant à l’Azerbaïdjan, le pays refusait de voir la question non résolue et menaçait régulièrement de reprendre les hostilités. 

Les deux pays voisins semblent irréconciliables pour des raisons de disputes territoriales nourries par des drames historiques et une confrontation continue depuis la fin de la guerre froide. Si la communauté internationale veut tout mettre en œuvre pour assurer la paix dans la région afin d’éviter un drame humanitaire, l’intervention des puissances régionales dans ce conflit de 2020 montre aussi l’importance stratégique de cette zone : reliant l’Europe à l’Asie, la Russie au Moyen-Orient, le Caucase est en effet un point de passage géostratégique important. 

 

La Russie et la Turquie dans le Caucase : une zone sous influence hybride 

La particularité du conflit de 2020 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan fut l’intervention des puissances étrangères et plus particulièrement celle de la Turquie qui a apporté un soutien militaire et logistique à Bakou. La Russie, quant à elle, est dans une situation ambigüe : étant à la fois proche pour des raisons culturelles et historiques des deux pays, le Kremlin est le principal fournisseur d’armements à la fois auprès de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan depuis le premier conflit. Le Kremlin a été malgré lui un acteur de l’ombre de ce conflit mais lorsque la Turquie a prêté main-forte à l’armée Azerbaïdjanaise lors des affrontements entre septembre et novembre 2020, la Russie s’est incontestablement retrouvée dans une situation géopolitique délicate. 

Partenaire économique des deux pays, la Russie a noué des liens étroits mais de nature différente avec chacun des deux Etats. La Russie et l’Arménie sont liées par l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), ce qui fait d’Erevan le principal allié militaire de Moscou dans le Caucase. Sur le plan économique, l’Azerbaïdjan est dans une position bien plus favorable que l’Arménie. L’économie du pays dépend en effet fortement de l’exportation de pétrole. Conscient de sa position géostratégique déterminante, l’Azerbaïdjan use de cet atout pour pérenniser sa relation commerciale avec la Russie mais aussi avec la Turquie et d’autres pays européens tels que l’Italie ou l’Allemagne. Bakou et Moscou entretiennent une relation économique assez importante malgré la diminution depuis 2007 des exportations en hydrocarbures russes vers l’Azerbaïdjan. En 2017, la Russie restait néanmoins le premier pays importateur et quatrième exportateur de l’Azerbaïdjan. 

En ce qui concerne l’autre grande puissance régionale de ce conflit, la Turquie, le pays entretient avec l’Azerbaïdjan des liens économiques tout aussi forts qu’avec la Russie et encore plus fort en ce qui concerne le domaine militaire. Dès 1991, la Turquie est effectivement le premier Etat à reconnaître l’indépendance de l’Azerbaïdjan. Depuis, les relations entre les deux pays sont très étroites, notamment avec une coopération militaire importante. De plus, les relations entre l’Arménie et la Turquie sont historiquement en tension notamment depuis le génocide des arméniens au début du XXe siècle. En effet, le conflit arméno-azéri ravive la question sensible de la non reconnaissance du génocide par Ankara. Le pays adopte également une position ferme et condamne toute reconnaissance des massacres ayant eu lieu entre 1915 et 1923 par les autres Etats. L’Azerbaïdjan est donc pour Ankara un allié de choix, encerclant l’Arménie qui semble finalement bien esseulée dans le Caucase sans la protection russe. Lors du conflit de 2020, la Turquie a été très active sur le terrain militaire en fournissant notamment des mercenaires syriens et libyens aux forces armées azéries. 

La Turquie et la Russie ont la particularité d’être toutes deux présentes dans de nombreux conflits régionaux : en Libye, en Syrie et dans le Caucase, chacune de ces deux puissances fait valoir ses intérêts. Si la Russie de son côté n’a pas fait le choix de déployer des forces militaires sur le théâtre opératoire arméno-azéri, le Kremlin a néanmoins bombardé, le 26 octobre à Idleb en Syrie, un camp d’entraînement d’un groupe rebelle syrien proche de la Turquie. Un message adressé directement à Erdogan pour dissuader une escalade de la violence dans le Haut-Karabagh et affirmer aussi les intérêts de Moscou sur les terrains syriens et libyens. 

 

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Ce conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a mis en lumière la montée en puissance des forces régionales du contour caucasien et plus particulièrement leur pouvoir d’influence. La Russie et la Turquie ont affirmé leurs propres intérêts politiques et stratégiques tout en restant fidèles le plus possible à leurs accords bilatéraux avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Si l’Iran a déclaré soutenir l’Arménie, Téhéran s’est cependant abstenue d’intervenir directement tout en tenant une position hostile à l’égard des azéris iraniens au nord du pays. Les enjeux géopolitiques sont très divers, surtout dans cette région caucasienne où la diversité ethnique – très forte – peut être source de division et de tension entre les communautés et les Etats. L’accord de fin des hostilités a permis à la Russie de confirmer son rôle d’arbitre dans les conflits caucasiens. Une victoire stratégique qui risque d’affaiblir l’influence d’Ankara dans la région. 

 

 

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