La Grèce : un acteur de la coopération en Méditerranée

La Grèce : un acteur de la coopération en Méditerranée

La Grèce, connue pour sa culture et sa riche histoire n’en reste pas moins un pays avec des ambitions et des enjeux divers. En effet, comme chaque État, la Grèce nourrit des ambitions et des projets bien définis sur la scène internationale notamment à travers sa politique étrangère et les relations qu’elle entretient avec ses voisins. 

La particularité de la Grèce réside avant tout dans sa position géographique. Pays membre de l’Union européenne situé au Sud des Balkans, elle établit un véritable lien entre la Méditerranée occidentale et orientale. La Grèce se retrouve donc impliquée dans les problématiques européennes et méditerranéennes. Cette localisation représente ainsi à la fois un atout majeur pour son rôle sur la scène internationale et un défi supplémentaire pour sa politique étrangère.

Victime d’une importante crise de la dette il y a une dizaine d’années, de lourdes politiques de récession avaient été mises en place dans le pays. Suite à cette dépression, la Grèce doit régulièrement faire face au spectre inquiétant d’une éventuelle nouvelle récession. Si la situation économique n’est toujours pas complètement stabilisée, le pays cherche tout de même à développer de plus en plus son influence en investissant différents domaines. Fort de sa position stratégique, il apparaît comme un intermédiaire intéressant dans les relations entre différentes zones de la région. Toutefois, certaines tensions viennent ajouter une ombre au tableau et notamment celles avec la Turquie. Au regard de ces différents éléments, il est intéressant d’envisager l’influence de la Grèce dans la coopération entre l’Europe et la Méditerranée.

 

Un rôle précieux dans la coopération et la négociation autour des enjeux en Méditerranée

La volonté de la Grèce de renforcer ses alliances et son influence au sein de la région méditerranéenne se fait sentir de plus en plus forte depuis l’an dernier. En effet, en septembre 2020, le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, prenait la décision d’acquérir des engins de combat auprès de la France. Le 25 janvier 2021, la Grèce signait un contrat visant l’achat de 18 avions de combat Rafale. Des missiles de croisière Scalp, antinavires Exocet et antiaériens Mica étaient également compris dans cette transaction d’environ 2,5 milliards d’euros. Nikolaos Panagiotopoulos, ministre grec de la défense, a exprimé son enthousiasme vis-à-vis de cette fraîche acquisition qui permet ainsi au pays d’une part de renforcer sa supériorité aérienne et d’autre part d’enrichir la coopération franco-grecque dans le domaine de la défense.

Cette consolidation des rapports entre la Grèce et la France montre tout d’abord l’ambition de la Grèce concernant l’amélioration et le développement de sa puissance militaire. Par ce biais, le pays signifie sa prise d’importance sur la scène internationale en matière d’armement. En outre, cette alliance franco-grecque revêt un caractère dissuasif à l’encontre des éventuels détracteurs du pays. Le soutien appuyé de la France constitue donc un atout de taille dans les relations que la Grèce peut entretenir avec les autres pays, notamment d’un point de vue stratégique. Or, si les alliances bilatérales de ce type participent évidemment à l’élargissement de l’influence grecque dans les négociations internationales, il faut noter qu’Athènes dispose d’autres cartes dans son jeu pour asseoir progressivement sa position en Méditerranée. 

Ainsi, il peut être fait référence au Philia Forum, forum d’amitié, qui s’est tenu à Athènes le 11 février 2021 à l’initiative du ministre des affaires étrangères grec, Nikos Dendias. Cette discussion regroupait la France, Chypre, la Grèce, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn. L’objectif de ce forum d’amitié résidait avant tout dans l’échange autour de questions telles que la diplomatie, l’économie, la gestion de la pandémie, les secteurs de l’énergie et de la protection civile ou encore ceux du dialogue et de la culture interconfessionnels. À la suite de cette rencontre, une déclaration commune a été signée par les pays participants. Cette dernière insiste notamment sur l’engagement des parties à respecter le droit international et le droit de la mer. À noter que les aspirations et considérations de la Grèce ont également été entendues sur la question des ZEE et des plateaux continentaux. En effet, le communiqué précise que ces derniers doivent être fondés uniquement sur le droit de la mer. De cette façon, il souligne l’importance du respect de l’intégrité territoriale des États, leur indépendance et l’interdiction de toute menace ou recours à la force armée.

Ce forum organisé par la Grèce, ancre de manière certaine le pays dans un rôle de médiateur entre différentes régions, à savoir les pays arabes, les Balkans et l’Europe. La Grèce apparaît donc comme un vecteur primordial de négociations et de discussions autour des enjeux liés à la Méditerranée. Une véritable coopération entre les États signataires s’est établie dans différents domaines grâce à Athènes. En outre, un autre point fort de cet espace d’échange mis en place par le Philia Forum réside dans sa large ouverture, autant s’agissant des sphères abordées que des pays signataires. En effet, d’autres États pourront rejoindre le groupe afin d’enrichir la coopération lors des prochaines réunions, sans pour autant faire partie de l’Union européenne ou des pays arabes. Le seul prérequis reste le désir d’échanger, de négocier et de s’accorder sur des solutions durables capables de répondre aux défis de la région. En revanche, il faut souligner que les déclarations communes signées à l’issue des réunions de ce forum ne sont pas contraignantes et n’entraînent donc aucune obligation juridique à la charge des États. Leur respect et leur application reposent donc entièrement sur la volonté des États.  

 

Un rôle entaché et atténué par les tensions avec son voisin turc

 Il faut rappeler que la Turquie reste une puissance forte et historique de la région méditerranéenne. Dirigée par le leader Erdogan, la Turquie a su tirer les avantages de sa position et de ses relations avec certains voisins pour s’imposer comme une puissance régionale. Il est donc très difficile d’imaginer une coopération portant sur les enjeux méditerranéens sans inclure la Turquie.

D’abord, il faut préciser que la décision du Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, d’acquérir du matériel militaire auprès de la France a été prise en septembre 2020. Peu de temps auparavant, la Turquie avait lancé des explorations gazières dans des zones maritimes qu’elle convoite et dispute à la Grèce. Le caractère illégal et non pacifique de ces incursions avaient d’ailleurs fait l’objet d’une dénonciation et d’une sanction de la part de l’Union Européenne. Or, Erdogan n’a cessé depuis de tenir des propos plutôt virulents à l’encontre d’Athènes et Nicosie lors de ses différentes apparitions. Les relations gréco-turques ne sont donc pas au beau fixe et restent très tendues. Le contrat relatif à l’achat des rafales s’inscrit donc clairement dans une dynamique de réponse aux exactions turques. De plus, le pays compte accroître son budget et ses capacités militaires. En effet, le gouvernement grec souhaite par exemple s’équiper de drones et d’hélicoptères et faire passer la durée du service militaire de 9 à 12 mois. Ces mesures réactionnaires ont entraîné une escalade des tensions entre les deux pays.

Le ressentiment des parties en présence est donc palpable. La Grèce dans son rôle d’intermédiaire ne semble donc pas encore disposée à pardonner et à intégrer pleinement la Turquie dans les processus de négociation. Cela explique l’absence de la Turquie au Philia Forum organisé début février. Cependant, cette éviction n’a pas vraiment été du goût d’Ankara qui a critiqué et dénoncé le communiqué issu du forum. En effet, Hami Aksoy, porte-parole du ministère turc, a souligné qu’il était impensable d’envisager une coopération efficace, complète et durable sur les défis de la région sans inclure la Turquie. De plus, l’allusion indirecte de la Grèce aux violations de sa ZEE par la Turquie lors de la prise de parole du ministre des affaires étrangères grec, a été interprétée par le gouvernement d’Ankara comme une manifestation d’hostilité. Plus encore, le comportement de la Grèce a également été perçu comme une tentative de sabotage des efforts de l’Union européenne dans la région, menaçant de fait la stabilité et la paix en Méditerranée. Autant dire que la situation actuelle ne permet pas d’envisager de manière sereine des négociations apaisées et constructives entre les deux pays au sein du Philia Forum.

.....

Il faut donc noter que si la Grèce semble se poser en médiatrice s’agissant des enjeux et défis en Méditerranée, ses relations avec la Turquie pourraient pénaliser le Philia Forum nouvellement né. En effet, de nombreuses questions se posent. La Grèce sera-t-elle favorable à l’inclusion de la Turquie dans les futures négociations ? Une éventuelle entrée de la Turquie ralentira-elle les futures discussions et l’adoption des déclarations ? Voici autant de points qui mériteront d’être surveillés en parallèle de l’évolution de l’influence grecque en Méditerranée.  

 

 

 

Note : Une ZEE est une zone économique exclusive. Selon la Convention de Montego Bay de 1982, il s’agit d’un espace maritime ou océanique limité par une bande de 200 miles nautiques (340km) à partir du rivage. Un État qui possède une ZEE va disposer d’un droit souverain et d’une exclusivité s’agissant de l’exploitation des ressources de cette zone. 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *