Taxonomie européenne : quelles énergies pour l’Europe de demain ?

Taxonomie européenne : quelles énergies pour l'Europe de demain ?

Ursula von der Leyen annonçait en décembre 2020 que « l’Europe sera le premier continent neutre en carbone en 2050 ». Pour ce faire, la présidente de la commission européenne a présenté un Pacte vert comprenant divers mécanismes dont la taxonomie. Afin de poursuivre cette lutte contre le réchauffement climatique à l’échelle européenne, l’UE a acté les grandes lignes de sa taxonomie en 2019 par le biais de sa commission et de ses États-membres. Il s’agit d’une classification permettant de déterminer quelles sont les activités économiques qui pourront bénéficier de financements. Cela répond à un plan d’action de la Commission en faveur du développement d’une croissance durable tout en évitant de tomber dans le piège du « greenwashing ».

La commission européenne doit encore détailler fin avril la liste complète des secteurs d’activités en faisant partie, et appliquera ainsi un acte délégué. Il s’agit d’un acte permettant à la commission d’apporter de très légères modifications à un acte législatif de l’UE afin de prendre en compte l’évolution d’un secteur particulier, ou bien dans le but de faciliter sa mise en œuvre. Ce sera alors la dernière ligne droite pour certains lobbies pour faire pression et permettre à certaines énergies de rejoindre cette liste verte. C’est notamment le cas de l’énergie nucléaire et du gaz qui se battent férocement afin de pouvoir bénéficier dans le futur de ces financements verts. La conclusion de la taxonomie conditionnera sans aucun doute le futur énergétique de l’Europe.

 

Le nucléaire encore dans la course

Le secteur du nucléaire est l’un des plus actifs en matière de lobbying afin de faire partie de la taxonomie européenne. Les divers acteurs du nucléaire craignent que la liste actuelle ne concentre tous les financements sur les énergies renouvelables. En effet, elles sont déjà fortement subventionnées, au détriment du gaz, du nucléaire ou encore de l’hydroélectricité, qui seraient finalement exclus de la taxonomie alors même que ces énergies sont essentielles à l’atteinte de l’objectif de décarbonatation qui est fixé entre 2030 et 2050. Les industriels de l’atome avaient déjà remporté une victoire lorsque le centre de recherche commun de la commission européenne, le Joint Research Center, avait déclaré l’énergie nucléaire comme n’ayant aucun impact sur l’environnement. Si cela est certain concernant les émissions de gaz, le centre de recherche ne s’est pas prononcé davantage sur les déchets radioactifs que l’énergie atomique produit et qui sont encore pour l’heure impossibles à recycler.

La commission européenne avait pourtant écarté temporairement la question du nucléaire dans les négociations sur la taxonomie en choisissant de la traiter fin 2021, en raison du manque de consensus de la part des Etats membres. Cependant, un consortium d’États notamment composé de la France, et de certains pays d’Europe de l’Est tels que la République Tchèque ou la Pologne, ont demandé à réintégrer l’énergie nucléaire dans la liste des activités vertes dès le mois d’avril en raison de ses très faibles émissions de CO2.

En effet, le président français Emmanuel Macron ainsi que les dirigeants de pays d’Europe de l’Est ont cosigné une lettre rédigée le 19 mars 2021, appelant la Commission européenne à inclure l’énergie nucléaire dans sa taxonomie verte. Un sommet du Conseil européen a eu lieu le 25 mars 2021 et a rendu public les demandes de cette lettre. Il s’agit d’un enjeu important pour la France, car une grande partie des réacteurs de ses centrales nucléaires arrivent en fin de vie et nécessitent un renouvellement du parc. Combiné au fait que la part du nucléaire dans la production française d’électricité est encore très nettement majoritaire (70,6% en 2019), l’entrée de cette énergie dans la liste verte permettrait de réduire drastiquement les coûts de financement de nouvelles centrales.

Certains pays de l’UE sont en revanche fermement opposés à l’énergie nucléaire, ce qui va très certainement compliquer les négociations sur celle-ci. C’est le cas de l’Autriche ou encore de l’Allemagne qui est le plus gros contributeur au budget européen et qui a banni le nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima en 2011. Cependant, d’autres pays comme la Pologne, ont fait le pari du nucléaire pour s’émanciper des usines à charbon et réduire ainsi de manière significative leurs émissions de CO2.

Concernant la France, Emmanuel Macron a estimé que « notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire ». Mais il est encore trop tôt pour déterminer s’il s’agit d’une volonté de construire de nouveaux réacteurs en France ou de continuer la recherche et le développement afin de fournir de nouveaux réacteurs aux pays d’Europe de l’Est. La Pologne regarde effectivement de très près la situation en France et envisage soit la commande d’EPR français soit la commande de réacteurs américains. Les EPR sont des réacteurs de 3e génération assurant une meilleure rentabilité économique et une sûreté accrue mais ils connaissent actuellement d’innombrables retards dans leur construction avec des coûts qui dépassent largement ce qui était prévu à l’origine. C’est pourquoi l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie faciliterait assurément le développement des EPR français.

 L’argument principal des pays défendeurs de l’énergie nucléaire est que cette méthode de production d’électricité ne produit quasiment aucune émission de CO2, qui est le principal gaz à effet de serre. Ainsi, le nucléaire pourrait servir à soutenir l’essor des énergies renouvelables et notamment celle de l’hydrogène. En effet, l’hydrogène est une énergie verte mais sa production nécessite beaucoup d’énergie provenant encore aujourd’hui d’énergies fossiles. Aux Etats-Unis l’hydrogène est déjà produit par le biais d’une électrolyse alimentée par une centrale nucléaire. L’électrolyse est une méthode permettant de décomposer l’eau en dihydrogène et en dioxygène à l’aide d’un courant électrique. L’hydrogène étant beaucoup plébiscité par les députés européens, cela pourrait donc contribuer à la présence de l’énergie nucléaire dans la taxonomie de l’UE. La France et les pays d’Europe de l’Est souhaitent ainsi que les politiques européennes axées sur l’énergie et le climat soutiennent toutes les voies menant à la neutralité climatique. Ils demandent pour cela le respect du principe de neutralité technologique, qui sous-entend que chaque pays membre de l’UE est libre de choisir ses différentes technologies énergétiques afin de parvenir à lutter contre le réchauffement climatique.

 

Les pressions des industriels du gaz

Le lobbying sur le gaz n’est pas moins intense que celui sur le nucléaire. Et les acteurs de ce secteur énergétique semblent avoir obtenu gain de cause avec la présence du gaz dans la taxonomie européenne. En effet, la revue Contexte a partagé un document le 22 mars qui semble être un projet d’acte délégué rédigé par la commission européenne qui aurait fuité et dans lequel figure le gaz. Ainsi les centrales de gaz émettant moins de 270g de CO2 par kWh produit, mises en service avant la fin de l’année 2025 et situées dans une région dépendante de l’énergie issue des centrales à charbon feraient partie de la liste dans la catégorie des énergies de transition. C’est également le cas de la production d’hydrogène à partir d’énergies fossiles, alors que l’UE a depuis le début été une fervente défenseure de l’hydrogène propre.

Ces concessions faites par l’UE pourraient s’expliquer par la crainte de règles trop strictes pour les industriels européens encore largement dépendants des énergies produisant du carbone. Le ministère allemand de l’Environnement a montré dans une étude que seul 1% des activités des sociétés étant cotées à la Bourse de Francfort serait compatible avec la nouvelle taxonomie européenne.

De nombreux scientifiques, ONG, députés européens ou chefs d’Etat militants pour une Europe plus verte sont fermement opposés à une inclusion du nucléaire ou du gaz dans la taxonomie européenne. Ils estiment que cet outil de financement vert de la commission serait détourné de son objectif. En effet, si la liste d’énergies considérées comme propres s’élargit trop, cet outil devrait perdre en efficacité et c’est la lutte contre le réchauffement climatique de manière globale qui en pâtirait. La taxonomie, érigée en outil basé sur la science afin d’éviter toute problématique de greenwashing, se transforme finalement elle-même peu à peu en outil de greenwashing sous la pression des lobbies, déplorent ainsi les opposants au nucléaire et au gaz.

Les conclusions de la Commission européenne devraient intervenir le 21 avril 2021, puis devront par la suite être examinées par le Parlement européen ainsi que par les dirigeants des différents États membres. Après quoi, ils décideront d’approuver ou non la feuille de route proposée par la Commission en matière d’environnement, ce qui permettra à terme de voir se dessiner les contours du futur énergétique de l’Union européenne.  

 

Une réflexion sur “Taxonomie européenne : quelles énergies pour l’Europe de demain ?

  • 19 septembre 2021 à 4 h 20 min
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    Évident que le nucléaire doit faire partie, et même être la plus verte de toutes les énergies, le but majeur étant le climat, donc le CO2.
    On devrait en plus favoriser le développement des générateurs de quatrième génération, qui multiplierai par 100 l’énergie extractibles de l’uranium, et en ferait une source quasi inépuisable (50.000 ans)
    Les générateurs à neutrons rapides de quatrième génération sont aussi la voie permettant de réduire drastiquement la quantité et la dangerosité des déchets.
    Quant au danger du nucléaire dont on parle tant (catastrophe nucléaire de Fukushima), rappelons nous qu’il ne s’agit que marginalement d’une catastrophe nucléaire.
    Morts noyés dans le tsunami : 21.000
    Morts irradiés par la centrale, y compris chez les employés, cancers : ZÉRO, oui, ZÉRO.

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