Une nouvelle indépendance pour l’Ecosse ?

Une nouvelle indépendance pour l’Ecosse ?

Et si l’Ecosse devenait indépendante ? Cette question s’est déjà posée en 2014, année du 1er référendum pour le maintien ou la sortie de la contrée du Chardon dans le Royaume-Uni. Il s’était soldé par un Non à 55,3%, avec une division visible de la population à ce sujet. Mais ça, c’était avant le Brexit de 2016 et la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union Européenne le 1er janvier 2021, achevant 47 ans d’union plus ou moins difficile avec le Vieux Continent. Cette sortie de l’UE, les Ecossais ne l’ont pas choisi mais plutôt subi, d’où le besoin pour beaucoup aujourd’hui de sortir du royaume pour devenir indépendant et peut être, de nouveau européen. Cette possibilité peut devenir bientôt une réalité, avec notamment le Parti Nationaliste Ecossais (SNP) au pouvoir. Retour donc sur une éventuelle indépendance de l’Ecosse.


Le Brexit, déclencheur d’un nouveau besoin d’indépendance

L’Ecosse fait partie du Royaume-Uni dès 1707, rattachée depuis plus de 300 ans. Pour autant, il y a une forte autonomie de l’Ecosse et de tous les autres Etats constitutifs (Pays de Galles et Irlande du Nord) car ils ont leur propre parlement. Mais ils restent, pour plusieurs secteurs (Défense et sécurité nationale, Fiscalité, Frontières), « assujettis » aux décisions du parlement britannique.

Cependant le renouveau indépendant, quoique toujours très fort pour les Ecossais, s’est effectué après le Brexit, suite à un référendum du 23 juin 2016. Si 2 ans auparavant, ils concèdent le non pour sortir du Royaume-Uni, la majorité de la population souhaite rester au sein d’une entité protectrice et de l’UE. Or, le Brexit signifie une sortie de l’Union, jugée alors impensable pour les « Scots ». En effet, lors du référendum de 2016, les Ecossais avaient largement voté pour rester dans l’UE avec 62% de vote pour le « Remain ». C’était le plus haut score des 4 pays du Royaume-Uni.

Ils étaient et sont encore largement favorables à l’UE. Cette « défaite » des urnes, qu’ils n’ont pas choisi mais subi, montre un écart générationnel d’abord mais surtout une mentalité et culture différente de l’Europe entre pays britanniques. Cette « injustice » de sortie de l’Union contre sa volonté va donc relancer la pensée d’un référendum pour l’indépendance et l’autonomie complète.

Surtout que l’accord du Brexit, qui a mis 4 ans à être achevé avec des changements de Premier Ministre pour la négociation, est un accord tangible et perdant-perdant pour les deux côtés de la manche. L’aide financière européenne n’est donc plus assurée (on pense notamment à la Politique Agricole Commune ou au programme d’échange Erasmus, qui n’est plus possible au Royaume-Uni pour les Européens et vice versa). Mais surtout, il a divisé du côté de l’Irlande du nord en plaçant la frontière  Brexit dans les eaux territoriales entre l’Irlande et le Royaume-Uni, retardant donc l’arrivée de marchandises à cause des douanes, au sein même de l’espace britannique.

Cette sortie définitive a donc contrarié des millions de citoyens britanniques, redonnant au sentiment nationaliste des pays un nouveau besoin d’unité, sans le Royaume-Uni.


Des élections renforçant une possible indépendance

Ce sentiment a donc dominé les dernières élections locales qui ont eu lieu dans tout le Royaume-Uni le 8 mai dernier, pour renouveler les parlements.

Pour l’Ecosse, le Scottish National Party a raflé presque la majorité absolue, avec 64 sièges au Parlement Ecossais, manquant d’un siège cette majorité sur 129. Il laisse les « Tories », le parti de Boris Johnson, actuel Premier Ministre (PM) du Royaume-Uni sur le carreau. Leur alliance avec le parti vert écossais, lui aussi favorable à l’indépendance, peut permettre à l’Ecosse de faire une demande d’indépendance au Royaume.

Ainsi, suite à ces élections, Nicola Sturgeon, Première Ministre de l’Ecosse et grande gagnante des résultats électoraux pour la quatrième fois, a annoncé qu’il était temps pour un nouveau référendum d’autodétermination, sur l’indépendance de l’Ecosse. Elle souhaite que Boris Johnson ne s’oppose pas à la volonté du peuple écossais.

Pour autant, c’est bien une fin de non-recevoir que lui a adressé le PM du Royaume-Uni, arguant qu’un seul référendum peut avoir lieu par décennie et que, cela serait « irresponsable » en ces temps.

Il s’annonce donc un nouveau bras de fer politique entre l’Ecosse et le Royaume, si le refus reste persistant. Si Boris Johnson a le dernier mot, rien n’empêche que l’Ecosse puisse organiser son référendum mais il faudrait alors passer par la justice, au risque de se voir refuser de façon démocratique ce référendum.

La possibilité d’une indépendance est donc très grande mais difficilement applicable actuellement, au niveau politique malgré une demande tout à fait démocratique du peuple écossais. Les élections montrent que le peuple à parler et qu’il doit être écouté, au même titre que pour le Brexit.

Cela creuse donc encore plus le fossé créé entre la contrée du Nord et Londres, qui ne s’entendent plus.

Même une simple blague ne passe plus : cela a été le cas lors de l’Eurovision du 22 mai 2021. Le candidat du Royaume-Uni a récolté un zéro pointé, des jurys et des téléspectateurs. Il n’en a pas fallu autant pour qu’une députée du SNP s’exprime sur twitter pour railler le royaume sous ces termes : « C’est pas grave, nous aussi on déteste le Royaume-Uni. ». Cette raillerie n’a donc pas plu à tout le monde et elle s’est depuis excusée et a supprimé son tweet. La tension est donc palpable entre les deux camps, surtout après les élections renforçant le pouvoir du Scottish National Party.


Un éclatement du Royaume-Uni entier ?

Pour l’instant, la recherche d’indépendance de l’Ecosse est actée mais pas autorisée. Si le pouvoir politique en place le souhaite, ainsi qu’une (petite) majorité d’Ecossais, le dernier mot est britannique et il ne laissera pas une seule chance aux « Scots » de devenir souverain, surtout après le Brexit. Il faudra attendre les mois qui suivent pour connaître les intentions écossaises et comment va se dérouler toute cette stratégie politique pour venir à bout d’un potentiel référendum d’autodétermination.

Plus rien n’est surprenant et il faut s’attendre à tout, comme pour le Brexit que personne n’a finalement vu venir. Il se peut donc que l’Ecosse retrouve un jour son indépendance, avec de multiples barrières sur son chemin à enjamber.

Mais dernièrement, l’Ecosse n’est plus la seule à remettre en cause cette mainmise du Royaume-Uni. Depuis le Brexit, l’union du royaume s’est démantelée pour faire place à plus de nationalisme des 4 coins des Etats. L’Irlande du Nord subit largement les effets du Brexit avec les douanes et les tensions entre Républicains et Unionistes sont apparues récemment, semant le trouble de nouveau sur le territoire, malgré des accords passés mais fragiles en 1998.

Quant aux Pays de Galles, les dernières élections de mai ont conforté au pouvoir le parti du Labour (gauche). Si le pays n’est pas encore pensif à l’indépendance, le PM du Pays de Galles Mark Drakeford demande à Boris Johnson de « relancer les relations avec les pays constitutifs du Royaume-Uni » et « de respecter la souveraineté des différentes nations », une façon de mettre au clair les positions de chacun et implicitement un soutien à l’Ecosse.

Un éclatement du Royaume-Uni est donc envisageable dans le long terme, avec la réunification des deux Irlande et l’indépendance écossaise, le Pays de Galles suivrait surement le même chemin, mettant fin au royaume connu depuis des siècles. Pour l’instant, il est difficile de voir cette hypothèse se profiler mais rien n’est impossible ces temps-ci, comme vu ces dernières années.

L’Ecosse peut donc toujours espérer et peut être bientôt gagner son indépendance et ainsi, redevenir européenne.

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