Cybersurveillance de la NSA en Europe : que fait le Danemark ?

Cybersurveillance de la NSA en Europe : que fait le Danemark ?

Le 31 mai dernier, la France et l’Allemagne ont appelé les dirigeants danois et américains à s’expliquer sur la cybersurveillance exercée, entre 2012 et 2014, par la National Security Agency (NSA) sur des dirigeants européens. Selon l’enquête menée par le média public danois Danmarks Radio (DR), l’agence étasunienne s’était branchée sur des câbles de télécommunication danois pour espionner des responsables de premier plan et de hauts fonctionnaires comme Angela Merkel. Les cibles de cette surveillance ont été l’Allemagne, la Suède, la Norvège et la France. Pour ce faire, la NSA a bénéficié d’une collaboration étroite en matière de surveillance avec les services de renseignement militaire danois (Forsvarets Efterretningstjeneste, FE). La NSA a pu accéder notamment aux SMS, aux appels téléphoniques et au trafic Internet, y compris les recherches, les tchats et les services de messagerie. 

Ces méthodes de surveillance avaient été mises en lumière en premier lieu en 2013 par l’ancien employé de la NSA, Edward Snowden. Le programme PRISM visait effectivement à exercer une cybersurveillance massive en s’appuyant notamment sur une alliance coordonnées des renseignements entre cinq États, les Five Eyes (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et Etats-Unis). Mais progressivement, le Danemark est devenu lui aussi un partenaire privilégié de la NSA en matière de cybersurveillance. 


Un satellite stratégique en matière de collecte de l’information

Dans les années 1990, Copenhague réalise qu’il est assis sur une mine d’or informationnelle puisque des câbles sous-marins par lesquels transitent les communications électroniques entre les États-Unis et l’Europe passent par ses eaux territoriales. Le FE réussit secrètement à se brancher sur ces canaux de communication attisant alors fortement l’intérêt des services de renseignements américains. 

Lorsque la NSA envisage, à la fin des années 2000, d’installer un centre de données en Europe du Nord pour traiter une partie des informations qu’elle collecte sur le Vieux Continent, le Danemark apparaît comme le candidat naturel. Le Forsvarets Efterretningstjeneste construit alors avec l’aide américaine un grand centre de traitement des données sur l’île d’Amager, à l’est de Copenhague, qui permet aux deux services de renseignement d’exploiter toutes les communications interceptées grâce aux outils de surveillance électronique des cyberespions américains. 

Le pays scandinave est situé à un emplacement stratégique idéal, entre la mer du Nord et la mer Baltique. Et avec l’émergence des enjeux stratégiques liés à l’Arctique, les États-Unis ont tout intérêt à consolider leur alliance avec le Danemark. 


Un pays en avance sur la question des nouvelles technologies et du numérique

Le Danemark affiche un visage actif en matière de développement numérique, pouvant ainsi faire du pays scandinave l’un des acteurs pionniers sur la question. Copenhague avait décidé, en 2017, de nommer un ambassadeur auprès des géants de la Silicon Valley, les GAFAM : des entités dans le viseur de l’Union, considérées comme une menace sur le plan numérique sur le Vieux Continent. De plus, Copenhague est aujourd’hui l’un des États les mieux équipés d’Europe en matière de numérisation : en 2015 une loi visant à rendre obligatoire l’usage du numérique pour les communications entre les citoyens, les collectivités et l’État avait été votée par exemple. De plus, le pays a rejoint dès 2011 le Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (OGP), visant à promouvoir la transparence de l’action publique et son ouverture à de nouvelles formes de concertation et de collaboration avec la société civile, en faisant notamment levier sur le numérique et les nouvelles technologies. 


Le Danemark dans une position délicate en matière de géopolitique numérique 

Les révélations en matière de cybersurveillance continuent à s’enchaîner depuis le début des années 2010. La prise de conscience pour les États de mettre en œuvre une politique de préservation de sa souveraineté numérique se fait de plus en plus grande. Et en Europe, la question est très sérieuse, puisque l’Union se rend compte de sa faiblesse stratégique en matière de contrôle des flux de communication, visiblement facilement exploitables par des pays tiers. 

Bien que cette révélation en matière de cybersurveillance ne soit ni la première ni la dernière sur le continent européen, le Danemark risque cependant de voir ses partenaires de l’Union être plus méfiants à son égard. Pour autant, ce partenariat tacite profite aussi à Copenhague puisque dans le cadre de cette alliance en matière de renseignement, le Danemark est l’un des pays européen ayant un accès plus qualitatif aux données de renseignement étasuniens. Cette collaboration entre les deux pays a aussi permis à Copenhague de gagner en crédit politique auprès de Washington. 

Reste à savoir comment le pays scandinave peut maintenir son rôle de satellite informationnel au service des Etats-Unis tandis que l’Europe se préoccupe graduellement de la préservation de sa souveraineté numérique. Un équilibre habile devra être trouvé entre l’intérêt géostratégique danois et la volonté collective de l’Union de se montrer plus ferme sur l’établissement d’une souveraineté numérique européenne effective. 

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