La France face au nouveau rapport du GIEC

La France face au nouveau rapport du GIEC

Difficile de manquer la publication de la première partie du sixième rapport d’évaluation du GIEC, Groupement d’experts intergouvernemental sur le climat, ce lundi 9 août 2021. En effet, après avoir été longuement attendu, il fait suite au cinquième rapport publié en 2014 et n’est pas très optimiste quant à l’avenir de notre planète.

Pour résumer, le changement climatique, observé ces dernières années, est qualifié de “sans précédent et plus rapide à ce dont on pouvait s’attendre”. L’influence humaine  sur le climat quant à elle est enfin établie et indiscutable. Le rapport précise que certains “points de basculements” sont quasiment atteints et qu’ils pourraient avoir des conséquences imprévisibles, telles que la disparition de la forêt amazonienne ou de la calotte glaciaire antarctique. Le démontre d’ailleurs très bien la multiplication d’événements de plus en plus graves comme les feux en Grèce, Turquie ou Algérie cet été. 

De même, les scientifiques font mention de la concentration de CO2, la plus élevée depuis au moins 2 millions d’années. Mais pas seulement. Le rapport traite également de l’incidence du méthane dans le réchauffement climatique. Principal gaz à effet de serre après le CO2, il persiste plus longtemps dans l’atmosphère et possède un pouvoir de réchauffement 28 fois supérieur. Il est aujourd’hui responsable à lui tout seul d’un quart du réchauffement climatique.

Le rôle à jouer des Etats est donc primordial pour lutter contre ces effets néfastes, et toute inaction ou retard ne fait qu’augmenter les risques de scénarios catastrophes. Selon certains scientifiques, l’objectif des Accords de Paris de limiter le réchauffement à 1,5°C serait même déjà hors de portée…


La Méditerranée, une zone particulièrement menacée

S’il est souvent fait mention des conséquences du réchauffement climatique sur les petits Etats insulaires, l’Europe n’est pas en reste. Le rapport du GIEC affirme que la température en Europe devrait augmenter plus rapidement que la moyenne mondiale. Il ajoute que le niveau de la mer devrait normalement suivre les prévisions moyennes, ou augmenter encore plus rapidement.

Au niveau français,  selon Jérôme Duvernoy, chargé de mission adaptation au changement climatique au sein de l’ONERC (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique) tous les types de territoires devraient être touchés, même si certains devraient l’être plus que d’autres. De l’intérieur des terres sujettes à la sécheresse et aux incendies, aux montagnes où les glaciers risquent de perdre plus d’un tiers de leur masse d’ici 2100, en passant par des risques accrus de cyclones dans les territoires d’Outre-mer, la France sera impactée par le réchauffement climatique.

Sans oublier bien sûr la zone méditerranéenne. Selon l’Agence européenne de l’environnement, de nombreuses côtes françaises font partie des zones les plus exposées à la montée du niveau de la mer. Le rapport du GIEC présente d’ailleurs le pourtour méditerranéen comme une zone à risque, en plus de l’Arctique, et la qualifie de “point chaud du changement climatique” avec un risque accru d’incendies. Il ajoute que d’ici 2050, jusqu’à 93 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à des canicules sur la rive nord de la Méditerranée, dont la France fait partie. Pour Friederike Otto de l’université d’Oxford, les chaleurs extrêmes sont la plus grande menace pour la Méditerranée car “de loin les événements extrêmes les plus mortels en Europe”. Inquiétude donc, surtout lorsque l’on sait qu’une température de 48,8°C a été enregistrée à Syracuse en Sicile seulement deux jours après la publication du rapport du GIEC…


Et la France dans tout ça ? 

Côté français, les réactions n’ont pas tardé après la publication du rapport du GIEC. Plusieurs ministres ont déclaré dans un communiqué du ministère de la Transition écologique, qu’il « renforçait la volonté de la France de continuer à agir, au niveau international et au niveau national ». Au niveau national, la France a voté sa nouvelle loi climat et résilience le 20 juillet 2021 pour atteindre ses objectifs. Au niveau international, de nombreux scientifiques français participent à l’élaboration des rapports du GIEC et la France contribue à hauteur d’un million d’euros par an au budget du GIEC. Enfin, au niveau européen, l’impulsion française a permis d’adopter l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Nous ne sommes donc, en principe, pas les plus mauvais élèves…

… Mais nous ne pouvons tout de même pas nous qualifier de modèle. En effet, même si la loi climat et résilience a enfin été adoptée, Greenpeace France lui reproche de s’être trop éloignée de son essence initiale (issue de la Convention citoyenne pour le climat) et la qualifie de “loi blabla”. L’ONG dénonce notamment l’insuffisance de mesures structurantes pour atteindre les objectifs climatiques. Insuffisance donc, qui pourrait être problématique lorsque l’on sait que le Conseil d’Etat a condamné l’Etat, le 1er juillet 2021, à prendre “toutes mesures utiles” pour remettre la France sur la bonne trajectoire climatique…

S’ajoute à cela, le 6 juillet 2021, l’annonce par Jean Castex, du renoncement du gouvernement à réviser la Constitution pour y inscrire la question climatique. Le projet a tourné court avec l’échec de la procédure de révision à cause de l’incapacité de l’Assemblée nationale et du Sénat à s’accorder sur le texte. L’objectif d’Emmanuel Macron d’ajouter à l’article premier de la Constitution que “La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique” n’a donc pas été atteint.


La COP 26 fin 2021, le rendez-vous à ne pas manquer

Covid oblige, la publication du rapport du GIEC est arrivée environ trois mois avant la COP 26 prévue à Glasgow. Selon Alok Sharma, président de cette COP, le rapport représente « l’avertissement le plus sévère jamais lancé » et un échec de la future COP “serait catastrophique”. Il enjoint les Etats à agir et prendre des décisions viables pour l’avenir, notamment en confirmant leurs promesses relatives à la réduction des gaz à effet de serre.

Selwin Hart, Sous-secrétaire général des Nations Unies pour l’action climatique, est du même avis. Pour lui, “Chaque fraction de degré compte. Les concentrations de gaz à effet de serre atteignent des niveaux records. Les catastrophes météorologiques et climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquentes et intenses. C’est pourquoi la conférence des Nations Unies sur le climat qui se tient cette année à Glasgow est si importante”.

Mais pour que la lutte soit effective, la Communauté internationale a besoin de tous les Etats, et surtout des plus pollueurs. Ce qui n’est pas forcément le cas… En effet, les pays signataires de l’Accord de Paris s’étaient engagés à soumettre des actions climatiques plus ambitieuses d’ici le 31 juillet 2021, mais seulement la moitié l’a fait… On constate malheureusement l’absence de certains, comme la Chine ou l’Inde pourtant considérés comme faisant partie des plus importants émetteurs de CO2 au monde, ou le manque d’ambition pour d’autres, comme la Russie ou le Brésil. Difficile donc de prédire si cette COP sera susceptible de changer les choses.

En attendant, pour les plus curieux, il est toujours possible de patienter en visualisant les conséquences des différents scénarios pour le futur, grâce à un simulateur (en anglais) mis à disposition sur le site du GIEC.

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